La voiture autonome face à la peur des automobilistes

L’acceptation de la voiture autonome : le meilleur outil contre la peur des automobilistes


Alors que la France est bien décidée à avancer sur la question des véhicules autonomes, tous les acteurs impliqués sur le sujet font déjà face à un problème de taille : les automobilistes semblent avoir peur de la voiture autonome. Un sentiment pour le moins paradoxal puisque ce type de véhicule est censé améliorer la sécurité sur les routes. Une question se pose donc : l’appréhension vis-à-vis de la voiture autonome est-elle justifiée ? Éléments de réponse.

Une peur démesurée de la voiture autonome ?

Un accident survenu en mars 2018 a relancé le débat sur la sécurité de la voiture autonome. Rappelez-vous : un SUV Vovlo XC90, doté du système de navigation autonome Uber, percutait une personne à pied qui décédera de ses blessures à l’hôpital. Un drame d’autant plus marquant qu’il s’agissait de la toute première fois qu’un accident impliquait un piéton.
Une tragédie qui semble renforcer les appréhensions que les Français ont par rapport à la voiture autonome. Selon un sondage de 2017 mené par OpinionWay pour VMware, 56% de nos concitoyens ne se disent pas prêts à utiliser un véhicule 100% autonome. Il faut dire que près de 6 interrogés sur 10 n’ont pas confiance dans la faculté de la voiture à prendre la meilleure décision. Ils sont même 45% à tout simplement avoir peur d’être victime d’un accident. Un sentiment qui est loin d’être franco-français. À en croire une enquête menée par l’American Automobile Association en 2017, 54% des Américains ne se sentiraient pas en sécurité si des voitures autonomes prenaient part à la circulation. 78% auraient même peur à l’idée de ne pas pouvoir contrôler le véhicule. Une appréhension qui semble donc faire consensus des deux côtés de l’Atlantique.
Au vu du faible nombre d’accidents impliquant une voiture autonome, il semble pourtant que cette peur ne soit pas réellement justifiée. À l’heure actuelle, seules 3 personnes ont perdu la vie depuis le début des expérimentations en 2010 : 1 piéton à cause d’une voiture automne Uber et 2 conducteurs à cause d’une Tesla (en mode semi-autonome). Pour ce qui est des accidents mineurs, on recense principalement des accrochages sans dommages corporels et, dans la majorité des cas, qui n’engagent pas la responsabilité de la voiture autonome. De quoi remettre en question l’appréhension des automobilistes.

Des systèmes encore en phase de développement

L’un des principaux enjeux de la voiture autonome, c’est bien évidemment la sécurité. En la matière, la technologie semble avoir un réel intérêt puisqu’on estime que la responsabilité humaine est engagée dans 90% des accidents au minimum. Fatigue, distraction, hésitation, inattention… autant de problèmes que l’intelligence artificielle ne rencontre pas. Pour y parvenir, l’ordinateur de bord de la voiture est censé analyser d’innombrables données afin d’adopter le comportement le mieux adapté à la situation. Si elle connait toutes les informations à proximité grâce à ses différents capteurs, elle dispose également d’informations externes (autres véhicules, infrastructures, etc.), ce qui n’est pas le cas d’un automobiliste lambda. Sur le papier, la voiture intelligente semble donc être la meilleure solution pour éviter tout risque d’accident.
Alors, comment expliquer les incidents survenus récemment, et tout particulièrement celui impliquant la voiture autonome de Uber ? Tout simplement car la technologie est encore en phase de développement. Bien que les tests aient déjà débuté, les systèmes d’intelligence artificielle sont encore perfectibles et les infrastructures de communication nécessaires ne sont pas encore déployées. N’oublions pas non plus que la plupart des accidents ne sont pas de la responsabilité de la voiture autonome et n’auraient probablement pas pu être évités par un automobiliste. Dans le cas de l’accident impliquant Uber, une personne traversait la route de nuit. En plus d’être dans une zone d’ombre et en dehors du passage piéton, elle ne portait pas de gilet réfléchissant. Au final, l’intelligence artificielle comme un conducteur lambda n’auraient même pas disposé d’une seconde pour réagir. Bien trop peu pour éviter la collision selon toute vraisemblance.

La voiture autonome, une question d’acceptation

Si certains militent pour accélérer les expérimentations, à l’image du gouvernement français, d’autres préfèrent renforcer davantage encore les processus de validation et de sécurité. Il faut dire qu’une étude de la RAND Corporation, une célèbre institution de conseil aux États-Unis, leur donne raison : selon elle, il faudrait au minimum des centaines de millions de kilomètres de tests avant de pouvoir attester de la fiabilité d’un véhicule intelligent. On est très loin des 8 millions et quelques de kilomètres parcourus par la voiture autonome de Google depuis son lancement en 2009. Conséquences ? Les constructeurs devraient très certainement poursuivre leurs expérimentations pendant une bonne dizaine d’années encore, une période bien trop longue pour la viabilité économique du projet.
Bien qu’il soit difficile de dire si un automobiliste est plus fiable qu’une voiture autonome, il est important de rappeler un fait : le nombre d’accidents est très faible au vu de la distance de tests déjà parcourue. D’autant plus que ces systèmes ont besoin d’être expérimentés, de préférence dans des situations complexes, afin d’apprendre. À l’image d’un candidat au permis de conduire en somme. Mais cette évidence est confrontée à une problématique de taille : l’acceptabilité de la technologie. Des accidents mortels impliquant un piéton, il s’en produit des milliers tous les ans aux États-Unis. En France, 484 piétons sont décédés en 2017 lors d’un accident de la route selon la Sécurité Routière. Pourtant, la société accepte qu’un automobiliste puisse se tromper, ce qui n’est pas le cas si une intelligence artificielle commet la même erreur. L’humain n’est plus à un paradoxe près après tout.

Une autonomie progressive ou en environnement clos ?

L’acceptation de la technologie et de ses éventuelles erreurs est donc cruciale. À défaut, si l’on considère que la voiture autonome doit être infaillible avant de pouvoir être mise en circulation, il y a de fortes chances pour que l’on se retrouve avec des véhicules « craintifs », qui auront tendance à piler au moindre risque.
Raison pour laquelle il est probable que l’on assiste à une transition lente dans les années à venir. L’automobiliste aura toujours un rôle à jouer, avant de déléguer progressivement des tâches au fur et à mesure que sa confiance grandit. Une transition déjà amorcée par les différents systèmes d’aide à la conduite déjà disponibles, à l’image du régulateur de vitesse, du freinage automatique ou du park assist. L’autre possibilité, c’est que le 100% autonome intervienne très rapidement mais uniquement sur des sections de route prévues à cet effet, où le risque d’imprévisible est minime, comme des autoroutes dédiées.
Toujours est-il que, même avec un niveau de fiabilité supérieur à l’humain, la voiture autonome apportera son lot de nouveaux risques. Aux autorités et aux constructeurs de les anticiper afin d’éviter tout détournement éventuel de la technologie, tout en rassurant les automobilistes. Une tâche qui s’annonce loin d’être aisée.

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