La voiture électrique et l’environnement : un sujet qui divise

  1. La voiture électrique et l’environnement : un sujet qui divise

Les actions pour accélérer le développement de la voiture électrique ne manquent pas. Du camion Semi de Tesla à la nouvelle stratégie de Volvo, en passant par l’interdiction des voitures thermiques en ville, les initiatives se multiplient. Leur point commun ? Toutes sont prises dans le but de faire un geste pour l’environnement et de réduire nos émissions de CO2. Pourtant, certains remettent en question le bienfait environnemental de l’électrique, dont Carlos Tavares, le président du groupe PSA. Et si finalement la voiture électrique n’était pas si bonne que ça pour la planète ?

La voiture électrique, un problème économique pour Carlos Tavares

Comme la grande majorité des constructeurs, PSA est pleinement engagé sur la voie de l’hybride et de l’électrique. Il faut dire que le groupe y est un peu contraint, notamment à cause de la future réglementation européenne qui envisage que les émissions de CO2 des véhicules soient comprises entre 68 et 78 grammes par kilomètre à compter de 2025.
Malgré cela, Carlos Tavares s’interroge sur la pertinence de l’électrification du parc automobile. Au Salon de Francfort de 2017, le président de PSA considérait déjà le tout électrique comme une « folie », dans la mesure où il est voulu par les politiques et par principe idéologique. Au-delà de l’aspect environnemental, Carlos Tavares s’inquiète de la probable dépendance énergétique et économique dont va souffrir l’Europe. Il pointe notamment du doigt la Chine qui dispose des ressources minérales nécessaires à la fabrication de l’électricité, conçoit les batteries et convertit déjà son parc automobile à l’électrique. Lors du Salon de Genève 2018, le patron du constructeur tricolore s’interrogeait tout particulièrement sur « la dimension énergétique, la dimension matières premières rares, la dimension empreinte carbone de la fabrication et du recyclage des batteries », lui qui souhaiterait une approche plus transversale, à 360°.
Bien que Carlos Tavares n’est pas nécessairement tort, ce sentiment ne serait-il pas motivé par le retard accumulé par PSA en matière d’électrique ? En effet, le groupe tricolore ne se montre pas des plus performants en matière de production de voiture électrique. Il est d’ailleurs loin derrière les principaux acteurs du marché que sont les constructeurs chinois Baic et Zhidou, l’alliance Renault-Nissan ou encore Tesla.

La voiture électrique, une technologie qui déplace la pollution

Mais la voiture électrique pose également la question de son empreinte sur l’environnement. Présentée comme le véhicule zéro émission et soutenue par la nouvelle prime à la conversion en France (jusqu’à 2 500€ de prime pour l’achat d’une électrique neuve), elle semble être la solution à tous nos maux. Malgré cela, nombreux sont ceux à considérer que la voiture électrique déplace la pollution plus qu’elle ne la supprime.
Bien qu’elle n’émette pas de CO2 lors de son utilisation, la voiture électrique pollue à d’autres stades de son cycle de vie. Même l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), qui vante les mérites du tout électrique, souligne la pollution générée. Certes, un véhicule électrique dispose d’un meilleur rendement énergétique qu’un véhicule thermique grâce à sa chaîne de traction et se montre ainsi moins énergivore sur la route. Toutefois, si l’on considère l’ensemble du cycle de vie de ces véhicules, on remarque que le diesel et électrique ont une consommation énergétique très proche. Selon l’étude publiée par l’Ademe en avril 2016, il faudrait même attendre 100 000 km avant que la voiture électrique ait un impact énergétique plus faible que la voiture thermique. De plus, si l’électrique est préférable sur de nombreux points (diminution des gaz à effet de serre, réduction de l’utilisation des ressources fossiles, etc.), elle est moins performante pour d’autres aspects environnementaux, comme l’acidification atmosphérique (phénomène à l’origine de pluies acides) par exemple.

La voiture électrique, une question de batterie

En France, l’Ademe estime ainsi qu’une voiture électrique va émettre 9 tonnes de CO2 sur l’ensemble de son cycle de vie, contre 22 tonnes pour son équivalent thermique. Ces chiffres sont cependant à relativiser, dans la mesure où l’électricité tricolore provient principalement des centrales nucléaires, là où elle est encore fabriquée dans des centrales à charbon dans bon nombre de pays. Sans compter que cela pose aussi la question de la gestion des déchets radioactifs.
De même, la voiture électrique ne rejette pas d’oxyde d’azote, ni de composés organiques volatiles, deux éléments qui aggravent la formation d’ozone. Toutefois, ces véhicules dégagent malgré tout des particules fines, dans la mesure où les plaquettes de frein ainsi que les pneus en émettent en roulant. Un rapport réalisé par AirParif estime même que l’abrasion sur les routes est responsable de 41% des émissions totales du transport routier.
Mais c’est surtout la fabrication des batteries qui est pointée du doigt par certains experts. En effet, l’extraction du cobalt et du lithium, deux éléments servant à l’élaboration des fameuses batteries Li-ion, a un impact considérable sur l’environnement. Cela nécessite l’utilisation de très grandes quantités d’eau et entraine la prolifération de différents composés chimiques dans les sols.
Du côté des défenseurs de l’électrification du parc automobile, on estime que la production de batteries renouvelables et plus écologiques est possible à terme. Même pour ce qui est du recyclage, certains avancent qu’une solution est envisageable. C’est le cas notamment de l’Association Avem (Association de promotion et d’information sur les véhicules électriques et hybrides) qui estime que les batteries ne servant plus de système de traction pourront être utilisées pendant 10 à 15 ans comme batterie de stockage (pour l’énergie photovoltaïque, éolienne, etc.), avant d’être entièrement recyclées afin de respecter la nouvelle réglementation européenne (entre 50 et 75% du poids des batteries doit obligatoirement être recyclé depuis 2006).
Avec ses défenseurs et ses détracteurs, la voiture électrique divise largement, tant au niveau de l’opinion publique que des constructeurs. Raison pour laquelle, à l’heure actuelle, il est difficile d’affirmer qu’une solution est forcément meilleure entre l’électrique et le thermique. Reste à attendre les potentiels progrès technologiques en la matière pour trancher. Mais le temps presse. En effet, de nombreuses villes envisagent de totalement bannir les voitures essence et diesel de leurs rues, comme Oxford, Oslo… et Paris.

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