Voiture autonome, la France passe la seconde

  1. Voiture autonome, la France passe la seconde

C’était il y a moins d’un mois : l’ancienne ministre Anne-Marie Idrac présentait ses propositions dans le but d’accélérer le développement de la voiture autonome. L’objectif annoncé ? Faire de la France l’un des acteurs majeurs du domaine, et ce, à l’échelle mondiale. Afin de rattraper le retard accumulé, notamment sur les voitures autonomes de Uber ou de Tesla, le gouvernement a décidé de passer la seconde. L’occasion de faire le point sur les mesures prises, sur les objectifs à atteindre et sur les contraintes à dépasser.

Voiture autonome et réglementation : le gouvernement veut faire bouger les lignes

Le 14 mai dernier, le Ministère de l’écologie a vu se tenir la présentation du rapport gouvernemental sur la voiture autonome. Sous les yeux de nombreux ministres et autres secrétaires d’État (Bruno le Maire, Elisabeth Borne, Emmanuel Barbe, etc.), c’est Anne-Marie Idrac, la responsable de la stratégie de développement des véhicules autonomes, qui a annoncé les ambitions du gouvernement. À cette occasion, nous avons notamment appris que l’État tenait à débuter la circulation expérimentale de véhicules autonomes de niveau 4 dès 2022. Annoncé à partir de 2021, le niveau de conduite 4 (sur une échelle de 5) prévoit une autonomie totale du véhicule dans certaines situations. Dans les embouteillages, un parking ou sur autoroute par exemple, le conducteur pourrait délaisser la conduite, sans même avoir besoin d’être prêt à reprendre le volant.
Pour l’heure, le développement de la voiture autonome doit faire face à un problème de taille : la réglementation en vigueur. Pour résoudre, entre autres, la question de la responsabilité civile et morale, tout en rendant légale la réalisation de tests, le gouvernement prévoit de discuter de ces notions dans le cadre de la loi Pacte (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises). Le ministre de l’économie est d’ailleurs très confiant à ce sujet. Selon lui, le texte devrait être adopté dès 2018 et il autoriserait l’expérimentation de véhicules autonomes sur routes ouvertes, et ce, jusqu’au niveau 5 d’autonomie.

Entre investissements et interrogations : la France accélère

Pour répondre aux différents enjeux de la voiture autonome, et notamment la sécurité, les pouvoirs publics devraient également réaliser un appel à projet d’un montant de 300 millions d’euros. Cette enveloppe vise à favoriser le développement des expérimentations commercialisables. Et cela concerne d’ailleurs aussi bien les véhicules particuliers que des solutions de transport collectif, à l’image de la navette autonome Navya que l’on avait découverte au CES de Las Vegas 2018.
La région Île-de-France veut également participer à l’essor de la voiture autonome. Pour preuve, elle devrait prévoir un budget de 100 millions d’euros pour favoriser les expérimentations sur ses routes. À en croire Valérie Pécresse, la Présidente de la région, des premiers tests vont même avoir lieu dès l’automne sur des voies dédiées aux véhicules autonomes sur plusieurs autoroutes franciliennes. L’objectif est clair pour l’ancienne députée des Yvelines : favoriser l’émergence des transports en commun autonomes et faire de l’Île-de-France la capitale mondiale de la conduite autonome.
Mais dans les mois et les années à venir, de nombreux dossiers devront être traités pour permettre ces initiatives. Définir le cadre des tests, penser à la cybersécurité, régir le traitement des données, respecter la vie privée des utilisateurs, revoir le cadre pénal… autant de sujets qu’il faudra traiter en coordination avec les diverses instances européennes et mondiales. Le chantier s’annonce donc colossal.

Les constructeurs embraient derrière le gouvernement

La volonté des pouvoirs publics de modifier la réglementation ainsi que les annonces d’investissement constituent une véritable aubaine pour les constructeurs et équipementiers tricolores. Il faut dire que la France est bien obligée d’accélérer pour rattraper son retard. Depuis 2014, elle n’a délivré qu’une cinquantaine d’autorisations d’immatriculation pour l’expérimentation de véhicules autonomes. Des véhicules autonomes qui, en cumulé, ont réalisé seulement 200 000 kilomètres (seules certaines portions de routes permettent la tenue de tests). À titre de comparaison, Waymo, la voiture autonome de Google, a déjà parcouru plus de 8 millions de kilomètres depuis 2009. Quant à Uber, il est parvenu à réaliser 1,6 million de kilomètres en seulement un an.
Pour rattraper ce retard qui semble abyssale, d’autant plus au vu des ambitions de la France, Renault a décidé de mettre les bouchées doubles. Depuis l’automne 2017, le constructeur tricolore accumule les kilomètres de test sur des routes ouvertes avec Symbioz Démonstrateur, un concept-car présenté à Francfort. La marque au losange a également investi 25 millions d’euros pour façonner un simulateur immersif dernier cri. Bien que les expérimentations sur route soient indispensables, la simulation numérique l’est encore plus puisqu’elle permet aux systèmes de gagner plus rapidement de l’expérience. Certains annoncent même que 99% des tests seront réalisés de cette façon.
Même constat du côté de PSA. Le groupe tricolore a mis en place le programme AVA, pour Autonomous Vehicle for All, et engrange les kilomètres. En tant que premier constructeur à avoir utilisé une voiture autonome en France sur route ouverte dès juillet 2015, PSA peut se targuer d’avoir déjà parcouru 120 000 kilomètres et d’utiliser 15 prototypes de véhicules autonomes.

Aux Français de passer le cap

Déjà mitigés en ce qui concerne la voiture connectée, les Français semblent encore plus réticents à l’arrivée de la voiture autonome. Selon un sondage Ipsos réalisé fin 2017 dans 28 pays, nous ne serions que 24% à être en faveur de ces véhicules. À l’opposé, un quart de nos compatriotes se disent même contre la voiture autonome. Et notre réputation d’être réfractaire au changement n’est pas prête de disparaitre : toujours selon cette enquête, nous sommes le pays le moins optimiste quant aux qualités de cette technologie. À titre d’exemple, seuls 34% des interrogés hexagonaux pensent que la voiture autonome améliorera la sécurité, contre 67% à l’échelle mondiale. Les constructeurs ont donc encore du pain sur la planche pour résoudre ce qui constitue peut-être leur plus gros problème : les Français.

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