Utilisation des données de localisation : entre inquiétudes et consentement

  1. Données de localisation : les automobilistes sont partagés

Avec le développement des GPS et des voitures connectées, les véhicules transmettent de plus en plus de données personnelles. Bien que cette transmission d’informations serve l’automobiliste dans la majeure partie des cas, certains s’inquiètent de l’utilisation qui est faite de ces données et tout particulièrement des données de localisation. Un sujet qui risque de devenir encore plus important à court et à moyen terme, notamment avec l’application de la RGPD (règlement général sur la protection des données) et le développement de la voiture autonome. Tour d’horizon.

Données de navigation : des automobilistes pessimistes…

Aujourd’hui, la grande majorité des véhicules commercialisés sont équipées d’un GPS et/ou d’un système connecté. Au quotidien, ces véhicules transmettent des informations afin de faciliter les déplacements de l’automobiliste. Système de navigation, cartographie, appel d’urgence automatique en cas d’accident, système de tracking en cas de vol… autant de fonctionnalités qui simplifient et sécurisent l’usage du véhicule. Malgré cela, ces dispositifs connectés et géolocalisés posent la question du respect de la vie privée des usagers. Le problème soulevé ? L’usage qui est fait des données de navigation et la confidentialité dont bénéficient les conducteurs.

Preuve de l’importance du sujet, Here, une entreprise spécialisée dans le guidage par satellite, a mené une enquête sur l’utilisation des données de localisation des automobilistes, sur leur collecte et sur leur traitement. Réalisée auprès de plus de 8 000 automobilistes dans 8 pays différents, dont la France, cette étude souligne les inquiétudes du grand public sur la thématique.
On apprend tout d’abord que 76% des personnes interrogées sont stressées ou vulnérables vis-à-vis du partage de leurs données de localisation, et ce, bien que 65% aient déjà partagé ces informations avec une application ou un service. Alors que la future RGPD entre en vigueur dès le 25 mai, moins de 20% des sondés font confiance à la réglementation pour protéger leurs données de navigation. Ils sont à peu près autant à penser que leurs informations sont utilisées à bon escient par les constructeurs et autres entreprises qui y ont accès. En France, ils sont également 1 sur 5 à estimer avoir le contrôle de leurs données de navigation. A contrario, ils sont 44% à partager ces informations sans même le vouloir. Il faut dire aussi que la grande majorité des sondés (tous pays confondus) se désintéressent totalement du paramétrage de ces données.

… mais prêts à partager leurs données pour de bonnes raisons

Malgré ces chiffres alarmants, les automobilistes semblent prêts à partager leurs données de localisation… à certaines conditions ! Toujours selon l’enquête menée par Here, environ 70% des automobilistes accepteraient de diffuser leurs données de navigation à condition de connaître leur usage spécifique. De plus, les interrogés souhaiteraient savoir si ces informations sont sécurisées et connaître le sort qui leur est réservé (stockage ou suppression systématique). Un nombre similaire de sondés pensent accorder plus facilement l’accès à ses informations si les paramètres sont plus facilement modifiables et qu’il est possible de supprimer son historique complet. En offrant davantage de transparence et un meilleur contrôle de ses données personnelles, la future RGPD semble donc répondre aux attentes des automobilistes. Un élément à prendre en compte si les constructeurs, les systèmes de navigation et autres entreprises de services ne veulent pas se faire épingler, comme cela a été le cas de Direct Energie, mis en demeure par la CNIL .

Bien qu’ils acceptent de partager leurs données de localisation, les usagers de la route ne souhaitent pas les partager avec n’importe qui. Sans surprise, la sécurité est la principale raison pour laquelle les automobilistes seraient prêts à partager leurs informations (à hauteur de 73%). Derrière, ce sont les systèmes de navigation et de cartographie qui recueillent le plus de suffrages : environ 71% des interrogés accepteraient probablement de donner leurs données. Plus surprenant, 69% des sondés le feraient simplement pour avoir des prévisions météorologiques. Bien qu’ils n’obtiennent pas la moyenne, les services de crédit et d’épargne sont également mis en avant par l’ensemble des sondés. Une chose impensable en France puisque les sondés tricolores seraient même seulement 17% à accepter de partager leurs données de navigation avec le gouvernement (contre 49% pour tous les répondants). De là à faire confiance aux banques, il y a un grand pas qui ne sera certainement pas franchi.

Et demain, que deviendront nos données de navigation ?

Si le sujet fait débat aujourd’hui, c’est qu’il va devenir crucial dès demain. En effet, de nombreuses entreprises tentent déjà de mettre la main sur les données de navigation des automobilistes, comme l’a montré la « guerre » entre assureurs et constructeurs. À moyen terme, ces informations pourront notamment permettre des offres plus personnalisées, notamment pour l’assurance. Les compagnies envisagent par exemple d’instaurer la tarification « Pay how you drive » dont le prix dépendra du comportement au volant.
Si l’utilisation des données personnelles est un enjeu de la voiture autonome, d’autres domaines plus imminents pourraient s’attaquer au sujet, tout comme l’assurance l’a déjà fait. Commerces en ligne, banques, transports publics, navigateur internet, gestion du domicile à distance… autant de secteurs pour lesquels plus de 40% des sondés de l’étude Here accepteraient probablement de partager leurs données. De bon augure pour les sociétés de service.
À l’heure actuelle, chaque voiture connectée produit en moyenne plus d’un Go de données chaque jour, un chiffre qui devrait être multiplié par 30 000 avec l’arrivée des véhicules autonomes. Afin de renforcer la sécurité de la vie privée des automobilistes, la CNIL a publié fin 2017 le pack de conformité « Véhicules connectés et données personnelles » pour aider les entreprises à se mettre en conformité avec la future RGPD. L’avenir nous dira si ces différentes réglementations suffisent à encadrer la gestion de toutes ces données. Mais comme l’a montré Here, les automobilistes ont de gros doutes à ce sujet…

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