L’exploitation de la Data : le vrai défi de la voiture de demain

Le traitement des données, un enjeu majeur pour la voiture connectée et autonome du futur

Alors que les voitures connectées sont déjà en circulation et que la voiture autonome ne devrait pas tarder à faire son apparition, une questions se pose : de quelle manière seront exploitées les données de ces véhicules intelligents ? Éléments de réponse.

Voiture connectée et autonome : le boom attendu des données

Entre la voiture connectée déjà sur nos routes et le développement de la voiture autonome attendu pour 2020, le nombre de données à collecter et à traiter ne va cesser d’augmenter dans les années qui viennent. Pour mieux comprendre l’ampleur du phénomène, intéressons-nous aux informations utilisées à l’heure actuelle et celles qui seront exploitées à l’avenir.

La voiture connectée, un véhicule permettant de s’exercer avant l’émergence de la voiture autonome

La plupart des véhicules commercialisés aujourd’hui sont dits connectés. Cela signifie qu’ils sont reliés à l’infrastructure informatique du constructeur, dans le but d’offrir un service personnalisé à chaque automobiliste. À l’heure actuelle, on estime qu’entre 80 et 200 informations différentes sont collectées et exploitées en temps réel pour chaque voiture connectée. Les principales informations sont le kilométrage du véhicule, sa consommation de carburant, sa géolocalisation ainsi que les habitudes de conduite du conducteur. L’ensemble de ces données permettent notamment de connaître l’état d’un véhicule, d’avertir son propriétaire lorsqu’une maintenance est nécessaire ou encore de lui proposer des services personnalisés. À l’échelle d’une seule voiture, ces informations sont relativement simples à stocker et à gérer. Mais lorsqu’il est question d’analyser un parc automobile dans son ensemble, les constructeurs font encore face à des difficultés, faute de système de gestion encore au point. Pourtant, les principaux acteurs du secteur vont devoir rapidement plancher sur le sujet, tant la voiture autonome et ses millions de données ne cesse de se faire de plus en plus imminente.

La voiture autonome, un véhicule au nombre de données exponentielles

Si les voitures connectées collectent de nombreuses données, cela sera encore plus vrai avec la voiture autonome. Pour bien comprendre l’ampleur du phénomène à venir, il convient de s’intéresser aux trois types d’informations qui seront utilisés par le véhicule du futur.
La voiture autonome sera tout d’abord reliée aux autres véhicules par ce qu’on appelle le V2V (ou véhicule-à-véhicule). Certaines données de la voiture (géolocalisation, vitesse, itinéraire, etc.) seront exploitées afin de permettre les déplacements en autonomie de chaque véhicule et d’éviter les collisions notamment. La deuxième communication est celle vers les infrastructures globales, ou V2I pour véhicule-à-infrastructure. En plus d’être reliée au constructeur, la voiture autonome sera connectée à un réseau global permettant d’éviter la congestion de la circulation et d’être informé des éventuelles zones de danger. À terme, le véhicule du futur pourra aussi être en communication avec les piétons et les cyclistes, via un système appelé V2P ou véhicule-à-piéton. Grâce notamment aux Smartphones des passants, la voiture autonome pourra précisément connaitre leur position et ainsi adapter son comportement afin de garantir leur sécurité.
Si le nombre d’informations à exploiter avec les voitures connectées est déjà important, il sera donc tout simplement colossal avec les voitures autonomes. En effet, il semblerait que plusieurs pétaoctets d’informations seront collectés chaque jour (10 puissance 15 octets). Si le stockage de ces données ne semble pas être vraiment un problème, c’est le cas pour ce qui est de leur traitement, tant la quantité d’informations sera certainement exponentielle.

Entre opportunités et contraintes, le traitement des données divise

Même s’il est pour le moment difficile de savoir comment la collecte et l’exploitation des données se passera dans un avenir plus ou moins proche, nous sommes déjà sûrs de deux choses : le marché de la Data va être concurrentiel et plusieurs freins risquent d’empêcher une bonne utilisation des données.

La Data, un marché que les industriels s’arrachent déjà

Quelle que soit la façon dont les constructeurs collectent les données des véhicules connectés et autonomes, ils l’utiliseront avant tout pour améliorer la conception de leurs nouveaux modèles. Les comportements des conducteurs par exemple serviront de standard pour définir les véhicules de demain. Pour preuve, Tesla utilise déjà ce principe en captant et analysant toutes les informations émises par les Model S. Au-delà de cet aspect, la Data aura de nombreux autres usages à l’avenir : la création d’une maintenance prédictive, le développement de services individualisés à chaque conducteur ou encore des offres d’assurance sur mesure. Vous l’aurez compris, l’exploitation des données n’est pas un sujet qui concerne seulement le monde automobile. Assureurs, marketeurs et autres industriels pourraient, à terme, s’en servir pour personnaliser à l’extrême leurs services. Selon une étude de McKinsey, un cabinet de conseil, le marché de la Data collectée par les voitures connectées et autonomes représentera 750 milliards de dollars en 2030.

Le manque de standard, le principal écueil de la voiture connectée et autonome

Mais avant d’en arriver-là, les constructeurs devront faire face à un problème : quel standard utiliser pour collecter, stocker et exploiter les données ? À l’heure actuelle, tous les acteurs de la voiture connectée et autonome tentent de développer leur propre technologie de captation et de traitement de la Data. Pourtant, ce monde où chaque constructeur applique ses propres règles ne pourra pas exister dans la réalité, tant le manque de communication entre chaque véhicule posera problème. Pour que la voiture connectée, et a fortiori autonome, soit viable, il faudra que tous les véhicules reposent sur le même principe de collecte et d’exploitation des données. Ainsi, deux hypothèses d’avenir sont possibles : les constructeurs trouvent un compromis commun ou l’acteur qui développe le meilleur système l’impose aux autres. À en voir les sommes investies par Google pour la Waymo, par Tesla ou encore par Uber pour sa voiture autonome, il semblerait plutôt qu’on se dirige vers cette seconde hypothèse. Ne reste plus qu’à savoir qui remportera le gros lot.

Et la protection des données dans tout cela ?

Tout comme le véhicule connecté, la voiture autonome de demain pose la question de la sécurité, et tout particulièrement des données personnelles. Comment savoir quelles informations captées par son véhicule sont utilisées ? Comment protéger sa vie privée, tout en permettant à son véhicule d’être connecté au réseau et aux autres véhicules ? Les données appartiennent-elles au conducteur ou au constructeur ? Ce dernier peut-il les revendre à qui il le souhaite (assureur, concessions, etc.) ? Autant d’interrogations relatives à la Data que soulève la voiture du futur.

Pour commencer à informer les automobilistes sur le sujet, la Fédération Internationale de l’Automobile a d’ailleurs lancé une campagne de sensibilisation : My Car My Data. Rappelons également que le futur GPDR (General data protection regulation) a pour but d’encadrer la gestion des données personnelles à partir de 2018. Pour autant, cette nouvelle réglementation ne semble pas avoir été pensée pour régler la question du traitement des données émises par les voitures connectées et autonomes. Cependant, elle pourra peut-être constituer une base pour la législation de demain. Malgré cela, il est presque impossible, à l’heure actuelle, de savoir avec certitude ce que l’avenir nous réserve en matière de Data. Une chose est sûre, le législateur comme les constructeurs devront rapidement se mettre d’accord sur le sujet.

Le traitement des données est un enjeu majeur pour la voiture de demain. Au-delà des standards qui restent à définir, la voiture connectée et autonome pose la question du champ d’utilisation des données et de la protection de la vie privée des automobilistes. Autant de vastes sujets qu’il conviendra de clarifier très rapidement afin de ne pas se retrouver face à un flou technologique et législatif.

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