Les constructeurs français : vraiment meilleurs que les allemands ?

  1. Les constructeurs français : vraiment meilleurs que les allemands

Et si les constructeurs français étaient plus performants que les allemands ?

Une étude du cabinet Ernst & Young, qui vient d’être dévoilée, a fait parler d’elle. À en croire les chiffres avancés, les constructeurs français seraient plus performants que les allemands. Même si les marques hexagonales affichent effectivement des résultats plus que positifs sur le premier semestre 2018, leur domination sur leurs homologues d’outre-Rhin est loin d’être fondée. Explications.

PSA et Renault dynamisent le marché français

C’est une étude de la filiale allemande du cabinet d’audit Ernst & Young qui nous l’apprend : les constructeurs français sont plus performants que leurs homologues germaniques en 2018. Pour preuve, le résultat d’exploitation combiné des trois principaux constructeurs outre-Rhin, à savoir Volkswagen, Mercedes et BMW, a reculé de 17% sur la première moitié de l’année. Au contraire de celui des deux principaux groupes tricolores, PSA et Renault, qui a progressé de 28% sur la même période.
Ce début d’année prolifique, on le doit principalement à PSA. Une augmentation de 40% du chiffre d’affaires, une croissance de 15% du résultat d’exploitation et une hausse de 38% de la capitalisation boursière : autant de signes de la bonne santé du constructeur originaire de Sochaux. Certes, le rachat d’Opel par PSA, une opération déjà couronnée de succès un an après, joue pour beaucoup dans ces chiffres. Mais d’autres éléments ont largement participé au succès du groupe hexagonal. L’offre produits adaptée aux attentes du marché, notamment à travers de multiples SUV, participe à la réussite de PSA. La 3008 et la 5008 sont les meilleurs exemples de la stratégie gagnante du groupe : parmi les exemplaires vendus de ces deux modèles, plus de 80% le sont avec l’une des finitions les plus élevées. Ce qui explique également pourquoi PSA affiche une marge opérationnelle très élevée, sans compter que le taux d’utilisation de l’outil productif est, lui aussi, très important.
Si PSA talonne désormais Renault en France et dans le monde, la marque au losange a également affiché un dynamisme important sur le premier semestre. Avec plus de 1,3 million de véhicules vendus sur la scène internationale, le constructeur progresse de 2,4% par rapport à l’année dernière. De quoi participer à la réussite des constructeurs français, au détriment des Allemands.

Le diesel et Trump plombent les constructeurs allemands

Si les constructeurs tricolores semblent en meilleure santé que leurs homologues allemands, ce n’est pas uniquement du aux bonnes performances de PSA et Renault. Les groupes outre-Rhin ont en effet affiché des résultats inquiétants en ce début d’année. Au second trimestre, les groupes Daimler, BMW et Volkswagen ont vu leur activité reculer par rapport au premier trimestre : une croissance du chiffre d’affaires qui diminue de 1,1 point, une croissance des ventes qui perd 2 points et un bénéfice avant intérêts et impôts qui chute de 17%.
Le contexte est loin d’être favorable actuellement pour les marques germaniques. En plus d’avoir perdu 1,6 milliard d’euros de bénéfices à cause du scandale des moteurs truqués, Volkswagen prévoit de dépenser 1 milliard d’euros supplémentaires pour mettre à jour ses véhicules en vue de l’homologation WLTP. De son côté, Daimler a du débourser au minimum 400 millions d’euros dans le cadre du litige Toll Collect (retard dans la livraison d’un système satellite de taxation des poids lourds). Des pertes qui plombent le résultat global des groupes allemands.
La guerre commerciale menée par Donal Trump contre l’Europe et la Chine a également davantage impacté les Allemands. Conséquences : les groupes germaniques ont vu leurs ventes s’effriter sur le sol américain. Il faut dire que Volkswagen, BMW et autres Mercedes sont très présents aux États-Unis, contrairement à PSA et Renault. Sans oublier que les effets de change sont responsables d’importantes pertes de ventes et de bénéfices pour les groupes germaniques.
Enfin, on note que la volonté des pouvoirs publics d’interdire les véhicules diesel a un impact plus grand pour les constructeurs d’outre-Rhin. Plus présentes sur le marché du diesel que leurs homologues tricolores, les marques allemandes sont contraintes d’abandonner ce carburant progressivement, alors qu’il était bien plus rentable pour eux que l’essence.

L’Allemagne, toujours loin devant

Malgré tout, il est important de relativiser les données avancées par l’étude de Ernst & Young. Certes, le résultat d’exploitation des constructeurs français est positif. Toutefois, il est également nécessaire de tenir compte de la rentabilité et du chiffre d’affaires. Et en la matière, les groupes allemands sont loin, très loin même, devant leurs homologues tricolores.
Si les Français affichent un chiffre d’affaires de 34 milliards d’euros au premier semestre 2018, les Allemands sont proches des 127 milliards d’euros, soit 3,7 fois plus. La performance des marques japonaises, à savoir Toyota, Nissan, Mitsubishi, Suzuki, Honda et Mazda, permet également de relativiser celle de nos représentants hexagonaux. En cumulé, ils ont dépassé 127 milliards d’euros de chiffres d’affaires sur les 6 premiers mois, avec un résultat d’exploitation en progression de 11%. Alors que BMW affichait la plus forte rentabilité en 2017, le constructeur allemand s’est même fait devancer par une marque nippone : Suzuki.
Les investissements consacrés à la voiture électrique par les marques germaniques permettent aussi de relativiser le résultat des constructeurs hexagonaux. À titre d’exemple, Volkswagen, déjà largement en avance sur PSA dans le domaine, est en passe de rattraper l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi selon certains observateurs. Si ces dépenses pèsent pour beaucoup dans les résultats, ils sont susceptibles d’asseoir la suprématie allemande dans les prochaines années, tant l’électrique semble être promis à un bel avenir. Même son de cloche en matière de conduite autonome. Là où les Allemands ont déjà développé de nombreuses solutions qui ont fait leurs preuves, Nissan équipe tout juste le Qashqai de ProPilot. Un système de conduite qui sera repris par Renault par la suite.

Sur les 6 premiers mois de l’année, il est donc vrai que les constructeurs français affichent un résultat d’exploitation bien supérieur à celui des Allemands. Une performance due en grande partie aux résultats de PSA et de Renault, à la volonté protectionniste de Trump et à la chute du diesel. Pour autant, les marques hexagonales sont loin derrière en termes de rentabilité et de chiffre d’affaires. Un élément suffisant pour comprendre que la marche sera encore longue avant d’avoir une chance de rattraper les groupes d’outre-Rhin.

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