Émissions de CO2 : l’Europe pense déjà à l’avenir

Diminution du taux de CO2 pour 2025 : quelles conséquences pour le secteur automobile ?

Alors que le taux moyen de CO2 devra être de 95 g/km par voiture à partir de 2021, l’Europe songe déjà à abaisser ce niveau réglementaire d’ici 2025 pour atteindre 68 à 78 g/km en moyenne. Analyse de cette proposition et de ses éventuelles conséquences sur le secteur automobile.

Après 2021, l’Europe réfléchit au taux de CO2 réglementaire pour 2025

Afin de respecter les objectifs fixés par l’Accord de Paris sur le Climat, prévoyant notamment de contenir le réchauffement climatique en-dessous des 2°C, l’Europe a déjà défini un calendrier prévisionnel visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les transports, représentant environ 30% des émissions en 2015 en France, sont donc tout naturellement au centre du débat. C’est pour cette raison que le premier objectif défini par la commission européenne est que la moyenne des émissions de CO2 de l’ensemble des véhicules neufs soit de 95 grammes par kilomètre maximum d’ici 2021. Un objectif voté en 2014.
Pour continuer dans ce sens, la commission européenne s’est penchée en novembre 2016 sur les futurs objectifs à atteindre d’ici 2025-2030. Le but est d’ailleurs que les émissions de gaz à effet de serre de 2030 soient 40% inférieures à celles de 1990. Bien que rien ne soit encore arrêté, il semblerait que la réglementation soit encore plus dure pour les constructeurs dans les années à venir. ENVI, la commission du parlement européen chargée de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire, a émis un avis consultatif sur les règles à respecter à l’avenir. À partir de 2025, le groupe parlementaire souhaite que les émissions de CO2 soient comprises entre 68 et 78 grammes par kilomètre pour les voitures et entre 105 et 120 grammes pour les camionnettes. Cela représente ainsi un minimum de 17 grammes CO2/km à perdre en moyenne en seulement 4 ans. À titre de comparaison, le taux moyen d’émission de CO2 des voitures neuves vendues en France était de 111 grammes par kilomètres en 2015. Autant dire que la marche s’annonce haute.

Réglementation du taux d’émission de CO2 : quelles conséquences pour l’automobile ?

Si cette réglementation encadrant les futures émissions de CO2 venait à être adoptée, le monde de l’automobile devrait faire face à de multiples bouleversements. Selon la commission européenne, il faut déjà noter qu’un taux d’émission de CO2 moyen de 68 grammes par kilomètre atteint d’ici 2025 permettrait de réduire les émissions du secteur des transports d’environ 22%. Se basant sur une étude de l’ICCT (International Council on Clean Transportation), le groupe européen explique également qu’il devrait être relativement facile d’atteindre l’objectif de CO2 par véhicule à 70 g/km pour 2025, et ce, sans avoir nécessairement besoin de passer à l’électrique. En moyenne, ces véhicules plus respectueux de l’environnement verraient leur coût d’achat moyen augmenter de 1 000 à 2 150€, contre une baisse de la consommation de carburant estimée à 450€ par an en moyenne. Selon cette même enquête, les constructeurs pourraient même diminuer leur coût de construction par véhicule de 200 à 500€ en misant plus rapidement sur l’électrique.
Même si l’Europe se montre optimiste sur le sujet, le secteur automobile semble ne pas l’être autant. Dans un pays où le marché de l’occasion est en bonne santé et domine largement celui du neuf (5,6 millions de ventes contre 2 millions pour le neuf en 2016) et où l’âge moyen des automobiles ne cesse d’augmenter (8,7 ans en 2015 contre seulement 6 ans en 1990), il paraît compliqué de renouveler le parc automobile rapidement. Mais si les Français sont prêts à sauter le pas, la tâche s’annonce malgré tout difficile pour les constructeurs, et ce, même s’ils s’exposent à de lourdes sanctions en cas de non-respect des normes fixées. D’ici 2021, chaque véhicule émettant plus de 95 grammes de CO2 par kilomètre obligera son fabriquant à payer une amende de 95€ par gramme de CO2 excédentaire. La diminution des ventes de véhicules diesel des dernières années n’arrange rien puisque ce carburant émet environ 15% de moins de CO2 que l’essence. Unanimement, les constructeurs automobiles affirment qu’il devient de plus en plus cher de continuer à réduire les émissions des voitures neuves et que les dépenses en recherche et développement ont doublé en seulement 10 ans. Enfin, on pourra rappeler que les bonus des voitures électriques et hybrides vont rapidement poser un problème aux pouvoirs publics. Le développement des véhicules propres entrainerait une diminution des malus, engendrant par la même occasion des pertes financières conséquentes pour l’État. Raison pour laquelle la vente de voitures plus écologiques ne pourra pas être soutenue indéfiniment par les institutions.

Quelles solutions pour respecter la réglementation du futur ?

Malgré un pessimisme ambiant, de nombreux acteurs se sont déjà intéressés aux solutions pour respecter les réglementations de demain. La première idée serait d’ailleurs de réduire le poids des véhicules, étant donné que 10 kilos de moins permettrait de réduire les émissions de CO2 d’environ un gramme. À court terme, les constructeurs et les équipementiers réfléchissent aussi à diminuer les consommations des équipements embarqués, et notamment de la climatisation qui est le deuxième plus gros consommateur d’énergie d’un véhicule.
Mais à plus long terme, il semble évident que ces solutions ne suffiront pas pour respecter les objectifs de diminution de CO2. Raison pour laquelle deux alternatives semblent s’imposer dans l’esprit des constructeurs : le tout électrique ou le thermique à faible émission (hybride notamment). Si tout laisse à croire que c’est cette seconde solution qui risque de s’imposer dans les années à venir, les pouvoirs publics pourraient jouer un rôle important dans l’adoption d’un parc automobile 100% électrique comme l’explique France Stratégie. Cette institution, rattachée au Premier ministre, rappelait l’année dernière que les États pouvaient stopper la vente de véhicules thermiques d’ici 2040 et en interdire la circulation à partir de 2050 afin de développer les véhicules propres. Une hypothèse loin d’être fantaisiste lorsqu’on constate que l’Allemagne veut que 100% de ses voitures neuves vendues soient électriques en 2030 et que la Suède désire se passer des énergies fossiles pour les transports d’ici 2030. En Norvège, c’est à partir de 2025 que l’on ne souhaite plus avoir que des voitures électriques neuves qui soient commercialisées. D’ici là, il faudra tout de même résoudre la question de l’autonomie et de la recharge. Autant dire que le marché automobile français ne va pas changer du jour au lendemain.

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